Depuis quelque temps déjà, j’avais envie de publier un jour un livre en français.
Je ne savais pas vraiment sur quoi. Et puis, un jour, l’idée m’est venue d’un coup :
« Tiens, et si j’écrivais un livre sur le karaté ? »
À partir de là, tout est allé très vite. J’ai choisi le thème, écrit les textes, créé les illustrations, corrigé, recommencé, ajusté encore et encore… et presque sans m’en rendre compte, j’avais un livre entre les mains.
Son titre :
『Le Japonais pour les Karatékas』
Un livre destiné aux karatékas francophones, pour aller voir ce qui se cache derrière les mots japonais qu’ils utilisent quotidiennement au dōjō.
Mais pourquoi cette idée ?
En fait, tout est parti du karaté de ma fille.
Moi-même, je ne suis pas karatéka. Si je fréquente régulièrement un dōjō, c’est parce que ma fille pratique le karaté et que je l’y accompagne en tant que parent.
Alors, professeur de japonais ?
Pas vraiment non plus.
Ce que je fais est probablement un peu différent.
En observant les entraînements, il m’arrive de me demander :
« Est-ce que ce serait plus facile à comprendre s’ils connaissaient le sens de ce mot japonais ? »
« Et si je leur montrais les kanji de cette technique, est-ce que son sens ne deviendrait pas tout de suite plus évident ? »
Petit à petit, j’ai donc commencé à apporter des réponses à certains de leurs « pourquoi ? », en abordant les choses du point de vue de la langue et de la culture japonaises.
Et c’est là que j’ai remarqué quelque chose d’assez fascinant.
Comprendre le sens des mots japonais permet aussi de mieux comprendre le karaté lui-même.
Le nom d’une technique cesse d’être une simple suite de sons. Des choses jusque-là un peu floues commencent à se relier entre elles. Et parfois, comprendre pourquoi une technique porte tel ou tel nom permet même de mieux comprendre le mouvement qui va avec.
En voyant cela se produire devant moi, je me suis dit :
« Il y a peut-être quelque chose de vraiment intéressant à faire avec ça. »
Dans le karaté, comme dans beaucoup d’arts martiaux japonais, on utilise énormément de japonais, même dans les dōjō situés à l’autre bout du monde : noms des techniques, positions, gardes, commandements…
Certains pratiquants entendent ces mots chaque semaine depuis des années et prononcent les noms des techniques en japonais sans forcément savoir ce qu’ils signifient réellement.
Alors, finalement, inutile de commencer par leur enseigner le japonais depuis zéro.
Il suffit peut-être de donner du sens au japonais qu’ils connaissent déjà.
Et si, au passage, on entrouvre aussi une petite fenêtre sur la culture japonaise et la manière de penser qui se trouvent derrière ces mots, alors ceux que l’on a entendus des centaines, voire des milliers de fois au dōjō peuvent soudain sonner autrement.
C’est précisément pour cela que je ne voulais pas faire de ce livre un manuel de japonais.
Je préfère partir d’un mot que les karatékas connaissent déjà et commencer par une question :
« Pourquoi ? »
Puis en découvrir le sens, comprendre son lien avec la technique et arriver au prochain entraînement en se disant :
« Ah… c’était donc ça. »
Si cela arrive, alors le livre aura déjà rempli une bonne partie de sa mission.
Pour un enfant, ce pourrait être :
« Maintenant que je comprends ce que veut dire le nom de la technique, le karaté est encore plus amusant. »
Pour quelqu’un qui pratique depuis longtemps :
« J’utilise ce mot depuis des années et je viens seulement de découvrir ce qu’il signifie. »
Si ce genre de petite découverte se produit, j’en serai déjà très heureux.
Il y a aussi une autre chose que j’ai volontairement décidé de faire avec cette série :
ne pas tout expliquer dans un seul livre.
Bien au contraire.
J’aimerais publier de petits volumes les uns après les autres, un peu dans l’esprit des mangas hebdomadaires japonais.
Un volume, un « pourquoi ? ».
On trouve une réponse… et cette réponse fait apparaître une nouvelle question.
Vol. 1, Vol. 2, Vol. 3… jusqu’au jour où toute une rangée se retrouve alignée sur une étagère.
Si l’on pouvait avoir envie de collectionner ces petits livres comme on collectionne les tomes d’un manga, ce serait plutôt amusant.
C’est pourquoi, cette fois-ci, j’ai moins l’impression d’avoir « publié un livre » que d’avoir :
lancé une nouvelle série.
À bien y réfléchir, ce premier volume est donc probablement une sorte de numéro inaugural.
Combien y en aura-t-il ?
Je n’en ai moi-même aucune idée.
« J’aimerais comprendre ce mot-là aussi. »
« On utilise cette expression dans mon dōjō, mais qu’est-ce qu’elle veut vraiment dire ? »
Les questions des lecteurs pourraient très bien devenir le point de départ des prochains volumes. Plutôt que de tout décider à l’avance, j’aimerais laisser cette série évoluer en fonction de ceux qui la lisent.
Et si, un jour, quelque part dans un dōjō, quelqu’un qui a lu l’un de ces livres se tourne vers son voisin et lui dit :
« Tu savais ça, toi ? »
alors ce serait formidable.
Pour commencer, direction les karatékas francophones.
Quant à savoir jusqu’où ce premier numéro nous emmènera…
Je n’en sais encore rien.
Et justement, j’ai vraiment hâte de le découvrir.
